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Ecovolontariat & environnement - Ecovolontariat forêt tropicale, Pérou par Marine Drouilly

Taricaya : l’écovolontariat fait des merveilles

Heliconia

L’aventure commence dans le gros bourg de Puerto Maldonado, aux portes de l’Amazonie péruvienne. On est à 35 minutes de vol de Cuzco, l’ancienne capitale incas. Le ciel est bas, lourd, une brume épaisse encercle la forêt visible de l’aéroport.

On ne peut atteindre la Reserva Ecológica Taricaya qu’après un périple de deux heures au fil de l’eau du fleuve Madre de Dios, entre les troncs d’arbres dérivants et les courants puissants. Le long des berges, un mur opaque, uniformément vert, annonciateur d’une terre d’arbres gigantesques, se dresse, ne nous autorisant pas la moindre vision animalière. Pourtant, ça et là, surgissent de l’épaisse canopée les cris caractéristiques des aras. Sur les troncs d’arbre déracinés par le fleuve, on peut surprendre une tortue ou un caïman profitant des rares rayons de soleil pour se sécher. On est en juillet, le fleuve est à son niveau le plus bas.

La navigation nous amène enfin aux portes de Taricaya, petite réserve nouvellement créée de 476 hectares et ainsi nommée en hommage à la tortue Taricaya que la réserve protège activement. Au premier abord, tout semble calme, mais lorsque la nuit tombe, la sylve tropicale reprend ses droits : un concert de coassements et de stridulations nous entoure, nous assourdit. La réserve regorge d’Amphibiens (ordres des Anoures et des Gymnophiones), surtout d’octobre à avril pendant la saison des pluies, les bras morts et cours d’eau se transforment en torrents, tout est inondé, l’eau est omniprésente. Mais pour l’heure, nous autres volontaires avons les pieds au sec et les oreilles aux aguets.

Crépuscule rouge

La nuit a été courte. Difficile de trouver le sommeil dans ce monde peuplé d’insectes étranges et de sons fabuleux, surtout lorsqu’on a oublié ses boules quiès ! Avant le levé du jour et dans une brume particulièrement fraîche et épaisse, nous partons effectuer des observations ornithologiques. Postés sur des plateformes dans la canopée, dans des affûts au bord de méandres ou de marécages, sur des ponts suspendus, nous sommes à l’écoute. Cacique cul-jaune, aras macao, chloroptère ou militaire, chouette à lunettes, pics ouentou et à chevron d’or…sont régulièrement contactés par les observateurs de la canopée. Quant aux volontaires restés à terre, ce sont buse à gros bec, trogon couroucou et tinamou vermiculé : petit oiseau coureur qui a abandonné le vol, héron cocoi et ibis dans les méandres qu’ils ont le plaisir d’observer. Les scientifiques de la réserve doivent remettre un rapport technique annuel aux autorités locales, justifiant le travail mené à Taricaya. En plus des suivis ornithologiques, les écovolontaires peuvent prendre part au recensement herpétologique ainsi qu’au comptage des Lépidoptères, très abondants dans la réserve. Jusqu’à présent, les efforts des volontaires et des locaux ont eu un impact positif sur les écosystèmes de la réserve.

La fin de matinée et l’après-midi sont consacrés à l’agroécologie ou à la conservation. Le concept de « ferme pilote » a été mis au place pour aider les populations locales à gérer efficacement leurs terres, et ainsi à réduire leurs impacts sur la forêt environnante. La plupart des habitants ne sont pas fermiers par tradition. Ils sont arrivés à Puerto Maldonado comme chercheurs d’or, exploitants de caoutchouc ou de noix du Brésil. Puis, lorsque les richesses se sont épuisées, ils se sont retrouvés incapables de tirer profit d’un lopin de terre. A Taricaya, différentes expériences sur les semences et la productivité ont été conduites avec l’aide des écovolontaires. Sans cette aide, les autochtones n’auraient ni l’investissement financier initial, ni les connaissances techniques pour lancer un tel programme. Après 4 ans d’essais, ce concept d’éthno-conservation porte ses fruits. La rotation des cultures, la gestion durable du bétail ainsi que des mesures éducatives (création de plaquette d’informations, enseignement aux enfants via les volontaires…) permettent aux populations de vivre en quasi autarcie dans le respect de l’environnement, réduisant considérablement la déforestation de la zone.

En tant qu’écovolontaires, nous sommes aussi impliqués dans le « Projet Acajou ». Du fait de sa haute valeur commerciale, il ne reste pratiquement plus d’Acajou (Switenia humilis) en Amazonie péruvienne. Les techniques d’abattage nécessitent une importante destruction forestière, simplement pour atteindre les arbres matures. Pire encore est l’extraction. Les écovolontaires étudient la valeur de marché potentielle des jeunes arbres. En partenariat avec l’Université Agronomique de Lima, cela a permis d’analyser les propriétés du jeune bois d’Acajou. Les résultats sont encourageants. A terme, cette étude permettrait aux locaux de faire pousser l’Acajou sur de petites parcelles de terre et de pratiquer une coupe sélective des arbres d’une dizaine d’années (au lieu des 40 ans de maturité précédemment recherchés). Les volontaires et l’équipe de Taricaya ont ainsi édité un livret d’informations concernant cette culture, avec comme résultats d’importants gains financiers pour les locaux et une chance de continuer à réduire leurs impacts sur la forêt restante. Les plantations deviennent ainsi rentables à moyen terme, et en les combinant à des cultures de café, d’héliconias ou d’ananas, on obtient des gains à court terme.

Grâce au travail des écovolontaires, la réserve est aussi une réussite en conservation, notamment celle de la tortue Taricaya Podocnemis unifilis. Il s’agit d’une tortue à carapace brunâtre et à tête tachée de jaune. C’est l’une des plus grandes tortues aquatiques d’eau douce d’Amérique du Sud, que l’on rencontre dans les lacs et rivières du bassin amazonien. Dès le mois de mars et jusqu’en septembre, pendant la saison sèche, les femelles viennent pondre leurs œufs sur les bancs de sable découverts par les eaux basses. Autrefois fréquente, cette espèce s’est raréfiée à cause de la valeur commerciale de ses œufs. A Puerto Maldonado notamment, le problème est important puisque les locaux se sont habitués à la rentrée d’argent provenant du braconnage des œufs depuis plusieurs générations. Par ailleurs, les œufs de tortues restent des mets particulièrement appréciés par les populations locales. Les volontaires ont un rôle crucial dans la gestion de ces Chéloniens et de leurs œufs. Tout d’abord, un travail d’organisation s’est mis en place, comprenant la coordination entre les pouvoirs publics, la réserve de Taricaya et les indigènes, pour cadrer les actions à mener.

A Taricaya, nous travaillons avec le peuple Ese’eja, dont les membres reçoivent l’équivalent de ce qu’ils gagneraient de la vente illégale des œufs pour repérer et protéger les nids de tortue. Ensuite, la main à la pâte ! Il faut construire les plages artificielles qui serviront à mettre en sécurité les œufs récoltés dans la nature. Ces plages consistent généralement en une structure de bois remplie de sable, où des cordeaux délimitent l’emplacement de chaque nid. Elles sont installées dans un espace calme et protégé de la réserve. Une surveillance continue aura lieu jusqu‘en octobre pour empêcher le braconnage, mais aussi tout autre prédateur comme les fourmis de s’attaquer aux nids. L’étape la plus excitante reste la collecte des œufs sur les plages naturelles, entre juillet et septembre. La patrouille se fait de nuit : une demi douzaine de volontaires, guidés par un membre du groupe de gestion locale Ese’eja, recherchent les nids à la lueur des lampes frontales. Entre les yeux des caïmans rougis par la lumière, le vol des chauves-souris et les traces fraîches de jaguar, les sensations sont garanties !

Puis, au bout de longues heures de marche, des traces de tortue sont enfin visibles et mènent à un nid. Il faut alors creuser le sable qui laisse apparaître des formes blanches ovoïdes. Précautionneusement, elles sont transférées avec le sable retiré dans des seaux. Certaines nuits, on rentre bredouille, mais heureux d’avoir tenté l’expérience, et d’être rentrés dans l’intimité de la vie sauvage nocturne. D’autres, on ramène plus d’une centaine d’œufs ! De retour au campement avec le levé du soleil comme toile de fond, on dépose les œufs sur la plage artificielle en essayant de reproduire au mieux les conditions naturelles de nidification. Pour cela, la profondeur, le diamètre, l’orientation du nid par rapport à l’eau ont été consciencieusement notés et reproduits. La nidification, surveillée, durera jusqu’en octobre/novembre. Après quoi, les petites tortues commenceront à éclore. Les nouveaux-nés seront ramassés, mesurés, pesés et sertis d’une marque sur la carapace afin d’assurer un suivi de l’activité de gestion au sein de la réserve. On peut alors - et c’est un grand moment d’émotions ! - les relâcher dans les rivières, ruisseaux ou lacs consciencieusement choisis où il existe peu de prédateurs. Ainsi, chaque année à Taricaya, ce sont plus de 500 jeunes tortues qui sont relâchées dans la nature au mois de décembre par les volontaires et les représentants du peuple Ese’eja.

Le dernier grand type de projet mené à Taricaya concerne la réhabilitation d’animaux sauvages confisqués sur le marché noir, ou illégalement acquis comme animaux de compagnie. Tous les pensionnaires restent en quarantaine le temps d’un bilan de santé. Cette période permet également de rééquilibrer leur alimentation. Les volontaires ont pour mission le nourrissage des animaux et l’entretien des parcs et enclos. Cela peut parfois devenir comique, surtout quand il s’agit de nourrir les singes-araignées ou les toucans, très territoriaux. Au bout d’un mois déjà, le plumage ou la fourrure des rescapés devient plus soyeux et brillant, signe que leur santé s’améliore. Quand ils sont remis de leurs éventuelles blessures, le moment est venu de les relâcher dans une zone sans braconnage. Pécaris, tapirs, aras, primates, tatous, paresseux, boas, ocelot…ont déjà retrouvé leur vie sauvage. Le plus souvent, les animaux sont équipés de collier émetteur (lorsque cela est techniquement possible). Le suivi par radio-pistage nous permet ainsi d’étudier leur évolution.

Malheureusement, certains pensionnaires comme Preciosa la femelle jaguar, ne pourront jamais retrouver leur liberté. Ces derniers présentent en effet un risque pour l’homme auquel ils sont habitués. Une fois relâchés dans la nature, ils pourraient les considérer comme des proies faciles, n’ayant aucune crainte envers eux. C’est pourquoi l’un des principaux rôles des écovolontaires reste l’éducation des populations au respect de l’environnement et des espèces qui y vivent. Parce qu’un jaguar n’est pas un gros chat domestique, et que finir sa vie dans une cage n’est pas le sort que nous devons réserver au plus gros félin d’Amérique latine, il faut enseigner, aux enfants d’abord, ce respect de la vie sauvage. Des journées d’informations sont organisées dans les écoles, notamment à Puerto Maldonado, où le problème des animaux sauvages de compagnie reste particulièrement important.

Alors si vous avez un peu de temps et que le cœur vous en dit, l’organisation internationale Projects Abroad propose toute l’année des stages dans 22 pays d’Asie, d’Afrique, d’Amérique Latine et d’Europe de l’Est. Le volontariat est une façon unique, gratifiante et surprenante de voyager utile et de découvrir le monde et ses différentes cultures. Le jeu en vaut la peine. Vous en reviendrez transformés, heureux d’avoir acquis de nouvelles connaissances et d’avoir transmis les vôtres.

Marine Drouilly

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